Présentation de ma feuille de route dans le magazine Challenges

Par Esther Attias, le 12.12.2020. Article à retrouver aussi sur le site de Challenges : Comment Paris veut mettre l’ESS au coeur de l’espace urbain

EXCLUSIF – L’adjoint à l’économie sociale et solidaire (ESS) de la Ville de Paris, Florentin Letissier, dévoile pour Challenges sa feuille de route jusqu’en 2026. L’urgence du Covid-19 aura permis à ce professeur d’économie encarté chez les Verts d’obtenir une plus grosse enveloppe, pour soutenir un secteur particulièrement touché par la pandémie.

Son agréable bureau au quatrième étage de l’Hôtel de Ville contraste avec le sombre rez-de-chaussée du 11e ayant fait office de QG des Verts pendant la campagne municipale. Florentin Letissier, un des quatre « écolos » à faire partie de l’équipe rapprochée des adjoints de la maire de Paris, Anne Hidalgo, ne s’est pourtant pas laissé démonter par les ors de l’imposant édifice. Il s’est approprié sa délégation – l’économie sociale et solidaire, l’économie circulaire et le zéro déchet – avec enthousiasme. « Tous les acteurs que j’ai rencontrés, des grandes entreprises du CAC 40 aux associations et coopératives, sont partants pour travailler ensemble au développement d’une nouvelle économie, » confie-t-il avec entrain. 

Structurer les filières

Pour ce professeur d’économie, qui a enseigné 10 ans en lycée et prépa avant de se lancer en politique, travailler sur l’ESS allie à la fois les attraits du terrain et la mise en réseau de tout un écosystème. « C’est concret, c’est réel », souligne-t-il. La Maire a déjà consacré 4 millions d’euros à l’ESS dans son plan de relance cet été. « Si l’ESS s’effondre, ce sont des dizaines de milliers d’emplois à valeur ajoutée qui disparaissent », justifie Florentin Letissier. “Notre but est que ces structures ne ferment pas.”

L’adjoint espère obtenir 7 millions d’euros (contre 6 millions aujourd’hui) pour booster le financements d’emplois cofinancés par la Ville, et qui seront fléchés vers l’ESS et l’économie circulaire. Ces secteurs représentent aujourd’hui 13% des emplois parisiens (respectivement 10 et 3%). Autre succès de l’adjoint : à la fin de la mandature de la Maire en 2026, la Ville aura doublé le nombre d’emplois aidés dans l’ESS, qui représenteront 12.000 personnes en 2026.

Dans la feuille de route qu’il s’est fixée, et qu’il dévoile à Challenges en exclusivité, Florentin Letissier veut « structurer les filières de l’ESS et de l’économie circulaire en les mettant en réseau, et qui travailleront avec les grandes entreprises » de cinq secteurs identifiés : le textile et la mode, le numérique, l’électronique et l’électroménager ; le bâtiment ; et les alternatives au plastique à usage unique. “Je cherche à instaurer une dynamique de coconstruction et de dialogue entre les acteurs économiques et les associations”, insiste-t-il. « Ce n’est pas moi, dans mon bureau, qui vais décider : il faut que les acteurs créent des synergies ensemble. Mon travail est de l’organiser. » Il espère faire entrer les acteurs de l’ESS dans les marchés publics de la Ville – qui représentent pour 2 milliards d’euros. Un défi pour ce secteur peu organisé qui peine à changer d’échelle.

Un système de consigne dans le 13e

L’idée est d’implanter des entreprises de l’ESS et de l’économie solidaire au coeur du tissu parisien, en leur accordant plus d’espaces commerciaux. « On souhaiterait que près de 30% des surfaces commerciales privées soient proposées au prix des charges, aux acteurs de l’ESS et du réemploi, » espère Florentin Letissier.

Concrètement, la mise en réseau s’incarnera via des expérimentations par quartiers. Par exemple, pour développer une alternative au plastique à usage unique, l’adjoint veut « mettre en place un système de consignes dans le quartier des Deux Rives, le long de l’avenue de France », dans le 13e arrondissement. « C’est un quartier où beaucoup d’entreprises sont localisées : on propose aux commerçants du coin, qui vendent de la nourriture, d’ajouter un petit supplément sur leur prix de base qui correspond à la location d’un emballage. Le consommateur viendrait le restituer au commerçant après avoir consommé son déjeuner, et récupérer ses deniers de location. Derrière, un acteur de la consigne se chargera de laver l’emballage et de le rendre prêt au réemploi, puis de le restituer au commerçant. » Un deuxième quartier de ce type sera créé près du bassin de La Villette.

Des ateliers d’upcycling

Côté textile, l’adjoint veut multiplier les ateliers de confection et d’upcycling (de revalorisation de vêtements de seconde main) dans Paris à l’image de l’atelier « les gouttes d’or », dans le quartier éponyme. Il espère nouer des partenariats entre les coopératives du secteur et les grandes maisons de mode, ou encore le mouvement parisien Paris Good Fashion. Il veut également implanter un vaste espace de ressourcerie, « le hub du réemploi », aux portes de Paris, où entreprises et particuliers viendraient déposer et s’achalander en meubles.

La gestion des déchets de chantier fait partie des préoccupations de cet écologiste chevronné, mais le point s’annonce épineux. Le bâtiment représente à ce jour une filière très polluante, émaillée d’acteurs rivaux peu organisés : là aussi, l’adjoint espère créer des lieux – à Paris ou en Ile-de-France, en partenariat avec la gestion, où les déchets pourraient être acheminés et triés.

Cet économiste dans l’âme veut impliquer les entreprises au maximum. Pour mieux les attirer, il veut créer un fonds d’investissement dédié à l’ESS, à l’image de Paris Fonds Verts, fonds d’investissement municipal qui finance des entreprises à impact environnemental, né en 2018. Le projet devrait voir le jour fin 2021. « Ces entreprises seront rentables », maintient-il. Seulement, « on va créer une autre forme de rentabilité », sourit-il, en réinjectant une grande partie des bénéfices dans les entreprises. Près de 1,6 million d’euros sont fléchés vers la finance solidaire. La vote du budget 2021 de Paris, dans la troisième semaine de décembre, décidera des perspectives de cette feuille de route.