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Réduire le temps de travail pour créer des emplois ?

En France, plus de 5 millions de personnes sont actuellement privées d’un emploi stable et à temps plein, alors même qu’elles en recherchent activement un. Ce chiffre est une réalité douloureuse, tant l’emploi est aujourd’hui essentiel à l’intégration, par les revenus et le statut social qu’il offre. Face à un chômage en hausse, il est grand temps pour les écologistes de remettre au cœur de leurs propositions la question de la réduction du temps de travail : les fameuses « 32 heures par semaine ». Car outre la création de nouveaux emplois qu’elle permettrait, elle invite à repenser la place du travail dans nos sociétés, et donc notre rapport au temps et à notre environnement.

running out of time, busy concepts

Dans le contexte actuel, il faut être courageux pour défendre cette idée que travailler moins permet de travailler tous. La droite ne cesse de fustiger la dernière tentative en la matière : les lois sur les 35 heures du gouvernement Jospin. Il est certes nécessaire de faire un bilan critique de cette expérience, mais l’on ne peut nier qu’elle a effectivement permis des créations d’emplois. Le président Hollande semble lui, sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres, avoir tourné le dos à l’aspiration historique de la gauche à donner plus de revenus, de droits et de temps libre aux catégories populaires et moyennes.

Est-il donc crédible de faire de la réduction du temps de travail une solution au chômage ? L’argument utilisé pour discréditer une telle politique est souvent le même : dans une économie mondialisée où l’impératif est la compétitivité, cette mesure équivaut à produire moins, à un coût plus élevé…Stratégie suicidaire pour les entreprises. À ce discours simpliste et uniformisant, il faut opposer trois arguments.

Tout d’abord, la force de l’exemple : un certain nombre d’entreprises pionnières sont déjà passées aux 32 heures, ont un bon équilibre financier, et créent des emplois. En 2012, elles étaient près de 400 en France, comme Mamie Nova ou Fleury Michon.

Ensuite, la logique de l’histoire économique : nous produisons toujours plus avec moins de travail. Ces gains de productivité se sont fortement accélérés depuis les années 1970 grâce aux nouvelles technologies (robotisation, informatisation…). C’est une bonne nouvelle, mais cela rend difficile la création de nouveaux emplois. Seule la baisse du temps de travail apparaît comme la solution logique pour offrir à chacune et chacun un emploi.

Enfin, l’attention portée à nos vies et à notre planète : l’augmentation continue et irréfléchie de la production de biens est intenable dans un environnement aux ressources limitées. Elle est source de mutiples pollutions et déchets. Par ailleurs, nos gains de productivité doivent permettre une réduction du temps passé à ce qu’André Gorz appelait le « travail-emploi » (celui que l’on accomplit en vue d’un paiement), au profit du temps libre.

Soyons courageux, et remettons donc la question de la réduction du temps de travail au cœur du débat sur l’emploi. Il est urgent d’ouvrir de nouvelles perspectives et de rechercher des convergences politiques autour de celles-ci.

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