L’incinérateur d’Ivry ? Mieux vaut une autre politique des déchets à Paris

Une tribune à lire également sur le site de Reporterre : https://reporterre.net/L-incinerateur-d-Ivry-Mieux-vaut-une-autre-politique-des-dechets-a-Paris

La commune d’Ivry-sur-Seine vient de s’opposer à la reconstruction de l’incinérateur qu’elle accueille. Les auteurs de cette tribune souhaitent que la ville de Paris en fasse autant, car ce projet d’incinérateur est incohérent avec la trajectoire Zéro déchet que veut suivre Paris.

Les signataires de cette tribune : Jacques Boutault, maire du 2e arrondissement de Paris, Antoinette Guhl, adjointe à la maire de Paris chargée de l’Économie sociale et solidaire, de l’Innovation sociale et de l’Économie circulaire, Florentin Letissier, adjoint à la maire du 14e arrondissement chargé de l’Environnement, Sylvie Lekin, adjointe à la maire du 14e arrondissement chargée de la Propreté, avec Laurent Bussière.


Un nouveau grand projet inutile aux portes de Paris ? Les travaux de reconstruction de l’incinérateur d’Ivry pourraient bien intégrer la longue liste des chantiers d’un autre temps, poussés par de puissants lobbys. Vieux de plus de dix ans, ce projet souffre du syndrome Notre-Dame-des-Landes : les temps ont changé, mais on persiste dans l’épure initiale.

Le nouvel incinérateur d’Ivry-Paris 13, dont la première tranche de travaux doit être votée fin novembre par le conseil syndical du Syctom  Agence métropolitaine des déchets ménagers »-NDLR], est surdimensionné. Configuré pour incinérer 350.000 tonnes de déchets par an, le projet de reconstruction ne tient pas compte des politiques de réduction et de recyclage que mènent la plupart des communes du bassin versant, en particulier Paris. Et ce, malgré le rapport de la Cour régionale des comptes qui titrait, le 4 octobre dernier, sur « l’échec d’une politique de traitement alternative à l’incinération », et à l’absence d’atteinte des objectifs de recyclage et revalorisation fixés par les lois Grenelle. Ainsi, les taux de collecte sélective ont été largement en-dessous des objectifs fixés : 30 kg au lieu de 50, et aucun progrès n’a été enregistré depuis 2005.

Une gabegie pour le contribuable de 2 milliards d’euros

C’est bien l’enjeu de la transition qui se pose à nous : celle d’une transition douce vers une économie plus respectueuse des humains et de la planète, créatrice de richesses nouvelles issues de nos déchets, et de création d’emplois durables. Rappelons que l’adoption d’une politique d’économie circulaire, c’est la création de 50.000 emplois dans la seule Ile-de-France. Or, la ville de Paris a fait de l’économie circulaire l’une des pierres angulaires de sa politique de mandature : notamment grâce au travail de conviction des écologistes, cette politique se concrétise sur le terrain avec la création de recycleries-ressourceries dans chaque quartier, le déploiement du compostage de proximité, l’implantation de bornes Trilib’ sur la voie publique pour encourager le tri, la collecte des déchets alimentaires de cuisines des particuliers en porte-à-porte (expérimenté dans les 2e et 12e arrondissements)… autant d’initiatives qui rendent obsolète ce méga-incinérateur. Paradoxe : l’exécutif parisien soutient le projet du Syctom. Ce faisant, il jette un doute sur la réussite de sa propre politique. Les élu-es représentant Paris redoutent ainsi un « sous-dimensionnement qui pourrait nous conduire à terme à avoir recours à l’incinération privée ».

Or, la reconstruction de l’incinérateur d’Ivry Paris 13 constitue aussi une double peine pour les citoyen-nes. D’abord parce qu’il s’agit d’une gabegie pour le contribuable : 2 milliards d’euros seront ainsi investis dans la reconstruction de cette hyperusine, alors même que les investissements dans la prévention des déchets ont montré leur efficacité : pour chaque euro investi ces six dernières années, ce sont 13 euros d’économies qu’a pu réaliser la ville de Paris. C’est bien l’idée du Collectif porteur du plan B’OM (comme plan baisse des ordures ménagères) qui défend qu’avec quelques dizaines de millions d’euros, il est possible de développer une politique d’économie circulaire plus efficace, moins nocive, et plus en phase avec les aspirations des citoyen-nes.

L’incinération est nocive pour la santé des êtres humains et de la planète

Mais également parce que les incinérateurs posent une problématique de santé environnementale : en 2008, l’Institut de veille sanitaire constatait qu’autour des usines d’incinération ayant fonctionné dans les années 1980 et 1990, les taux de cancer dépassaient de 7 à 23 % les valeurs de référence. Les nouvelles technologies utilisées dans les incinérateurs, filtrage humide des fumées notamment, répondent à ces problématiques sanitaires. Mais en partie seulement. Ainsi, les systèmes de captage des polluants des incinérateurs sont efficaces lorsque l’incinérateur tourne. Mais en période de chauffe ou de refroidissement, ce sont des PCB (polychlorobiphényles), des dioxines et des furanes qui sont rejetés dans l’atmosphère. Ces substances toxiques sont à l’origine de cancers, d’une baisse du système immunitaire, d’une perturbation du système endocrinien, de troubles du développement psychomoteur du jeune enfant et de troubles de la reproduction. Elles présentent un fort potentiel d’accumulation dans les sols, les sédiments, les tissus organiques, se fixent dans les graisses des animaux que l’on retrouve ainsi, en bout de chaîne, dans le corps humain. Quant au PVC, plastique brûlé dans nos incinérateurs, il libère du mercure particulièrement nocif pour notre environnement. Ces substances sont présentes à la fois dans les fumées de l’incinération, celles qui font l’objet d’un traitement dit humide, et se retrouvent ainsi dans le réseau des eaux usées et dans les résidus solides de l’incinération, récupérés à la base du four de combustion, qui sont quant à eux disséminés sur le territoire, parfois réutilisés. Aucune réglementation contraignante n’existe à ce jour à leur égard.

À l’heure des scandales autour des filtres à particules, et alors que la politique zéro diesel déployée sur le territoire parisien reçoit le soutien des écologistes, il convient d’être informé-es de la nocivité de l’incinération pour la santé des êtres humains et de la planète.

La loi pour la transition énergétique nous incite à préférer d’autres solutions à la reconstruction de cet incinérateur ; pourtant, Paris n’a pas su élever la voix pour promouvoir une solution alternative. La crise climatique, la pollution de l’air et les dangers du consumérisme sont devenus des évidences dont les politiques publiques, pour être cohérentes, doivent tenir compte.

Photo : Oxfam Hartog (https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Syctom_Ivry.jpg)

Pour un réseau local anti gaspillage alimentaire : retour sur la journée du 5 juin

Dans le cadre de la semaine du développement durable dans le 14ème, nous avons souhaité cette année mettre en lumière la nécessité de réduire le gaspillage alimentaire, et montrer que des actions très concrètes étaient possibles à l’échelle d’un arrondissement.

Les chiffres donnent le vertige : à l’échelle mondiale, on estime en effet que près de 50% de la production alimentaire est gaspillée, perdue, jetée, entre les champs et l’assiette. Et À Paris plus spécifiquement, chaque habitant jetterait en moyenne chaque année plus de 10 kilos de nourriture encore propre à la consommation.

Heureusement, la société prend conscience de ce problème et s’organise. Pouvoirs publics, entreprises, associations ou simples particuliers : tout le monde est concerné. Le cadre législatif se fait d’ailleurs de plus en plus contraignant, notamment depuis le mois de février dernier, avec la loi relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire, qui interdit aux commerces de rendre leurs invendus impropres à la consommation et les incite à conclure des partenariats avec des associations impliquées dans la récupération et la redistribution de ces denrées alimentaires.

Dimanche 5 juin, nous avons donc décidé de monter une opération avec les associations biocycle et food2rue, pour montrer qu’un réseau local de récupération/transformation/redistribution des invendus alimentaires était possible à l’échelle du 14ème arrondissement. Retour en image sur cette journée.

Etape 1 : la récupération

Des smoothies à base de fruits invendus à l'aide d'un vélomixeur. Sensibilisation des habitant-e-s à la problématique du gaspillage alimentaire.
Réalisation de smoothies à base de fruits invendus à l’aide d’un vélomixeur. Sensibilisation des habitant-e-s à la problématique du gaspillage alimentaire.

Biocycle à la rencontre des commerçants du marché
Biocycle à la rencontre des commerçants du marché

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Chargement des fruits et légumes dans le triporteur.
Chargement des fruits et légumes dans le triporteur.

Etape 2 : le transport

Le triporteur en cours de remplissage, bientôt prêt à partir pour St-Vincent-de-Paul.
Le triporteur en cours de remplissage, bientôt prêt à partir pour St-Vincent-de-Paul.

Les denrées alimentaires acheminées au nord de l'arrondissement.
Les denrées alimentaires acheminées au nord de l’arrondissement.

Etape 3 : Préparation du repas

Repas préparé à partir des invendus du marché par l'association food2rue
Repas préparé à partir des invendus du marché par l’association food2rue

Repas offert sur le site des Grands Voisins
Repas offert sur le site des Grands Voisins

 

Un an et demi d’écologie dans le 14ème

Transports, développement durable, jardins partagés… quelles ont été les actions des élu-e-s écologistes du 14ème depuis les dernières municipales ?

Retrouvez un premier bilan ci-dessous, il suffit de cliquer sur les images miniatures pour les agrandir :

Bilan p1

 

 

 

 

Bilan p2

 

 

 

 

Bilan p3

Saint-Vincent-de-Paul : un nouveau pôle de l’économie solidaire à Paris

Depuis quelques mois, le site de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul commence à regagner des habitantes et habitants. Grâce à l’action conjointe de l’association Aurore, gestionnaire du site, et de Plateau Urbain, qui fait office d’agent immobilier, en lien avec les mairies de Paris et du 14ème arrondissement, de multiples structures se sont installées dans des bâtiments trop longtemps restés vides.

Particularité de ces locataires? Ce sont majoritairement des acteurs de l’économie sociale et solidaire, qui peuvent s’installer ici à un prix accessible grâce au travail de l’association Plateau Urbain, qui leur propose des baux précaires en occupation temporaire, comme l’explique très bien le journal Libération.

Une nouvelle dynamique au nord du 14ème

Conséquence? Une dynamique solidaire et écologique est en train de se développer au nord du 14ème, dans un quartier pourtant très enclavé derrière de hauts murs. Cohabitent en effet sur le site des acteurs de la solidarité comme Aurore, Nova Donna où les Enfants du canal, qui viennent en aide à des personnes en situation de grande précarité. Des associations travaillant sur la récupération et le recyclage, telles Rejoué, la ressourcerie créative, ou encore Carton Plein. Des ateliers d’artistes et de sérigraphie, un espace de co-working, une école pour entrepreneurs sociaux (les Alchimistes), des centres de formation et de loisirs axés sur les questions environnementales et numériques (Les petits débrouillards, l’Esprit sorcier)…et la liste est encore longue!

Les locaux de l'association Carton Plein, lors de la visite d'E.Cosse, vice-présidente du Conseil Régional d'Île-de-France, chargée du logement et de la rénovation urbaine.
Les locaux de l’association Carton Plein, lors de la visite d’E.Cosse, vice-présidente du Conseil Régional d’Île-de-France, chargée du logement et de la rénovation urbaine.

Pour le 14ème arrondissement, c’est une chance que de pouvoir bénéficier d’une telle émulation, d’autant plus que le collectif Yes We Camp, présent sur place, a commencé à aménager les espaces extérieurs, et propose des lieux de convivialité ouverts à tous, notamment un café associatif, le tout dans le cadre d’un projet intitulé « Les Grands Voisins ».

Une opportunité de rendre l’urbanisme plus participatif

Tous ces acteurs vont venir enrichir la réflexion collective sur le futur écoquartier Saint-Vincent-de-Paul, de par leur connaissance des questions sociales et environnementales, et de par leur culture de l’implication citoyenne. C’est donc l’occasion de rendre accessible à la population un certain nombre de questions liées à l’aménagement d’un quartier, et d’impliquer étroitement les habitantes et habitants sur un projet de ville, comme je l’expliquais dans un précédent article.

Pôle de solidarité contre pôle de compétitivité

C’est pour toutes ces raisons que l’on pourrait qualifier Saint-Vincent-de-Paul de véritable pôle écologique et solidaire, en opposition à l’idée de « pôle de compétitivité », si à la mode aujourd’hui. Dans une économie particulièrement dérégulée et mondialisée, les territoires sont en effet en concurrence pour attirer les entreprises. Ce qui a deux conséquences : les phénomènes de dumping sociaux et fiscaux (pressions à la baisse sur les salaires des travailleurs et les taux d’imposition), et volonté de constituer des territoires spécialisés dans certains secteurs de production, capables de fabriquer des produits qui seront leaders sur les marchés mondiaux. L’idée de ces pôles de compétitivité est donc de concentrer de multiples ressources sur une même zone géographique (universités, centres de recherche, entreprises, infrastructures de transport et de communication…) pour aboutir à cet unique objectif : vendre toujours plus de marchandises.

Un des ateliers d'artistes de St-Vincent-de-Paul.
Un des ateliers d’artistes de St-Vincent-de-Paul.

À la logique de la compétitivité, il est nécessaire d’opposer celle de la solidarité, et de mettre en place des pôles d’activités alternatifs, pleinement respectueux des êtres humains et de l’environnement, qui inscrivent leurs actions dans le territoire où ils sont implantés. Ce territoire n’est alors plus considéré comme un simple support d’une économie hyper-marchande, mais comme un écosystème où du lien social se tisse.

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Réussir l’acte II de l’élaboration de l’écoquartier Saint-Vincent-de-Paul

Depuis quelques semaines maintenant, l’équipe de maîtrise d’oeuvre urbaine chargée d’entrer dans le détail de la programmation du futur écoquartier a été désignée. Comme le décrit bien le site de plateforme participative « imaginons Paris », il s’agit du cabinet Anyoji Beltrando, qui va coordonner le travail de différents experts en urbanisme, architecture et développement durable: https://st-vincent-de-paul.imaginons.paris/comprendre/les-actualites/lequipe-de-maitrise-urbaine-designee-1911

Les derniers mois écoulés ont permis des avancées positives sur ce dossier très important pour le 14ème. Tout d’abord, les votes en conseils d’arrondissement et de Paris d’une délibération cadre actant un certain nombre d’objectifs ambitieux en termes de logements et de développement durable. Mais aussi le déroulement d’une première phase de concertation citoyenne, visant à dégager de grands objectifs partagés pour ce quartier, que l’on peut retrouver dans une synthèse remise à l’équipe de maîtrise d’oeuvre urbaine, et que vous pouvez télécharger en cliquant sur le lien suivant : synthèse phase 1 concertation.

Il est désormais temps de réussir l’acte II de l’élaboration du futur écoquartier. Et cela passe par trois priorités :

…….1/ Passer d’une logique de concertation à une logique de co-construction

Ou pour le dire autrement, faire en sorte que les habitantes et habitants du 14ème puissent participer plus en détail à la définition de certains éléments de programmation du quartier, du tracé des plans d’urbanisme, à la pose de la première pierre. Evidemment, cela pourra difficilement se faire sur chaque bâtiment ou espace vert du quartier, étant donnée la nécessité de faire émerger rapidement de nouveaux logements dans une ville qui en manque. Mais des groupes de travail spécifiques à certaines questions doivent pouvoir se former, et travailler en lien étroit avec la maîtrise d’oeuvre urbaine. Je pense en particulier au futur jardin central, ou à la question de la circulation à l’intérieur du quartier. L’ouverture progressive au grand public du site Saint-Vincent-de-Paul dans les prochaines semaines avec la mise en place de nombreuses animations, doit participer à cette dynamique citoyenne.

…….2/ Faire de cet écoquartier un lieu pilote en matière de transition écologique, en milieu urbain dense

Cela passe par une grande ambition en matière d’énergies renouvelables, de gestion de l’eau et des déchets, et d’économies énergie. Les partenariats extérieurs noués par la Mairie du 14ème avec l’école centrale de Paris, ou l’école spéciale d’architecture, sont par exemple l’occasion de chercher ensemble des solutions innovantes. Enfin, un écoquartier exemplaire passe évidemment par la priorité absolue donnée au modes de transports doux (vélos, piétons…) sur le site.

…….3/ Construire la ville solidaire de demain

Paris, plus encore que les autres agglomérations françaises, est victime de l’envolée des prix de l’immobilier, qui depuis de nombreuses années chasse les catégories populaires et moyennes de son territoire. Depuis 2001 et l’arrivée de la gauche et des écologistes au pouvoir, il y a eu la volonté municipale d’enrayer cette tendance, notamment en construisant de nombreux logements sociaux. Il y a eu aussi très récemment le souhait de se saisir des avancées de la loi Duflot sur l’encadrement des loyers, dont les premiers effets positifs se feraient sentir selon certains experts. Mais il faut aller encore plus loin pour contrer la spéculation immobilière. De nouvelles formes de propriété du foncier doivent ainsi être soutenues, pour stopper la privatisation de l’espace urbain par des acteurs immobiliers qui se servent des logements comme instruments de profit. Baux emphytéotiques, community land trusts…le futur écoquartier Saint-Vincent-de-Paul doit faire une place à ces solutions encore trop peu utilisées en France. Couplées à des formes concrètes de logements alternatifs, comme l’habitat participatif (voir à ce sujet le projet de l’association Hesp’ère 21), elles dessineront les contours de la ville solidaire.

Crédit image : Plateforme internet st-vincent-de-paul.imaginons.paris