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EELV : Un congrès pour un nouveau départ

 

Après une intense séquence électorale, voici venu le temps du bilan pour Europe Ecologie Les Verts. Malgré des campagnes locales valeureuses aux législatives, notre mouvement politique ressort affaibli des derniers mois, en témoignent notamment le nombre d’adhérent-e-s en chute libre, et la disparition du groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale.

Et pourtant, notre cote de sympathie reste assez élevée dans l’opinion publique. Les écologistes sont plutôt appréciés, mais on ne leur fait pas vraiment confiance pour exercer le pouvoir. Ou alors, comme force d’appoint.

Nous ne pouvons ignorer ces constats, et si nous ne mettons pas tout sur la table rapidement, nous ne pourrons avoir de réelle prise sur notre destin collectif.

Cesser d’agir en minoritaires

Trop de départs opportunistes ces dernières années ont laissé penser à beaucoup que les écolos étaient plus intéressés par le pouvoir lui-même que par ce qu’il permet de faire. C’est pourtant loin d’être le cas comme en témoigne le bilan de nos élu-e-s à tous les niveaux. Mais nous devons aussi nous interroger sur notre image. Même si l’oeil médiatique est gourmand des faits divers politiques plus que des sujets de fond, nous avons une grande part de responsabilité dans ce regard porté sur nous.

La raison principale est que nous avons intériorisé et accepté l’idée que nous sommes minoritaires. Ainsi, les plus avides de pouvoir, au lieu de mettre leur énergie au service de leur parti et de son développement, quittent le navire écolo lorsque leurs perspectives de carrière à court terme s’amenuisent. Cela amène aussi en permanence à se positionner par rapport à d’autres, plus qu’à tracer notre propre chemin.

L’élection présidentielle en a été l’illustration la plus parfaite. Il était évident qu’effacer notre candidat au profit de celui du seul parti socialiste, même frondeur, était une grave erreur. D’abord, parce que cette configuration ne permettait pas à la gauche de l’emporter, tout en nous faisant totalement disparaître des radars politiques. En plus cela renforçait l’image de mouvement satellite du parti socialiste, ressorti profondément décrédibilisé du quinquennat Hollande. Le bon accord programmatique négocié n’aurait eu de valeur et d’efficacité que si le candidat Hamon avait eu le courage de rompre avec son parti pour entrer dans une démarche collective de dépassement des partis existants. Cela n’a pas été le cas. Du côté de Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise, ce fut le même entêtement à camper sur ses propres bases. A cette différence que d’un strict point de vue opérationnel, la stratégie inflexible de la France Insoumise trouva un débouché politique, ce qui poussa nombre d’électrices et électeurs de gauche et écologistes à lui apporter leurs suffrages. Et au final, le parti socialiste, habitué à utiliser l’argument du vote utile pour maintenir sa domination sur la gauche, refusa de s’appliquer à lui-même l’injonction adressée à ses partenaires politiques. Et il y eu donc un face-à-face Macron/Le Pen au deuxième tour de la présidentielle.

Sortir de la posture minoritaire, c’est donc sortir d’une relation de domination et dépendance à un autre parti. C’est, dans les rapports de force politiques, tenir une position équilibrée qui, tout en cherchant les convergences, ne sacrifie pas notre parole pour quelques hypothétiques postes d’élu-e-s. C’est affirmer une volonté, et une orientation politique commune.

Retrouver une orientation politique commune

Notre programme pour les législatives « Bien Vivre », dans le détail de ses nombreuses propositions, était très bon. Ce qui a sans doute manqué, c’est le discours politique pour l’accompagner, à destination de la population. Un discours pédagogique et qui donne du sens, qui forge une véritable identité politique, grâce à quelques idées fortes qui incarnent un programme. Voici quels pourraient être les quatre axes d’un tel discours :

> Nous défendons l’objectif politique de l’autonomie énergétique et alimentaire, à l’échelon le plus local possible. Une alimentation respectueuse de la santé et de l’environnement bien-sûr, et des énergies renouvelables et maîtrisées en termes de production et consommation. C’est un objectif pour notre pays, mais aussi une idée que nous défendons à l’échelle internationale, ce qui permet de remettre en question une économie mondiale fondé sur le libre-échange et l’exploitation des ressources des pays du sud.

> Cet objectif a également une incidence sur l’organisation territoriale de notre pays : il faut organiser la complémentarité entre zones urbaines et rurales pour pouvoir l’atteindre. Opposés à l’étalement urbain, et partisans de la préservation des terres agricoles et zones naturelles, nous considérons que nos territoires n’ont pas à être compétitifs, mais autonomes et résilients. En ce sens, nous recentrons tout notre modèle de développement sur une échelle plus locale, notamment autour d’une économie circulaire et low-tech.

> Au plan démocratique, cela nécessite la mise en oeuvre d’une nouvelle étape de la décentralisation, avec des transferts de compétences et de moyens financiers aux collectivités locales, ainsi que des formes renouvelées d’exercice des mandats électifs et de prise de décision. En veillant au respect des principes républicains d’égalité des citoyennes et citoyens devant la loi, et d’égal accès au services publics et à la protection sociale partout sur le territoire.

> Nous croyons en l’Europe si elle est vecteur de progrès écologique et social. Aujourd’hui, force est de constater que cette promesse n’est que peu tenue. En tant qu’écologistes, nous devons donc interroger notre positionnement européen. L’idéal fédéraliste à 27 pays est hors d’atteinte à court terme. Notre parti doit être capable de construire des propositions plus pragmatiques, tenant compte de l’hétérogénéité économique et politique des Etats membres. Ce qui amène par exemple à envisager des stratégies alternatives. D’abord, replacer la question de la subsidiarité au coeur des débats : l’échelon européen est pertinent dans certains domaines (en tant qu’acteur dans les sommets mondiaux sur le climat par exemple, ou pour définir une politique commune d’accueil des réfugiés), mais beaucoup moins dans d’autres, surtout s’il s’agit d’imposer des politiques néo-libérales (agriculture poussée à l’industrialisation, libéralisation des services publics…). Il nous faut aussi mettre en avant l’idée de coopérations renforcées avec un nombre plus restreint de pays. Et nous poser la question de la désobéissance à certains traités, qui, comme en matière de finances publiques, sont purement idéologiques et n’ont aucune efficacité économique.

Ces grands axes de réflexion et d’argumentation doivent nous permettre de faire à nouveau commun, et de rendre notre projet écologiste plus audible.

Notre écologie et la leur

L’élection présidentielle l’a prouvé : nous ne sommes plus les seuls à parler d’écologie. Du côté du parti socialiste, la mode est désormais à la « sociale-écologie », affichée fièrement sur le logo. Pour autant, l’écologie n’est pas la colonne vertébrale de ce parti dont certains membres du groupe parlementaire affichent leur soutien au nouveau président Macron. Les socialistes, peu homogènes idéologiquement hésitent encore entre un social-libéralisme où la préservation de la nature est vue avant tout comme support d’une « croissance verte », et une sociale-démocratie, qui au plan local promeut la végétalisation des villes et les budgets participatifs, sans pour autant remettre véritablement en cause le modèle d’une économie mondialisée où les territoires doivent être « compétitifs », et où organiser les Jeux Olympiques demeure un objectif de premier plan.

Du côté de la France Insoumise, la question environnementale est centrale, en témoigne par exemple l’adhésion à l’objectif de sortie du nucléaire. Et elle s’articule avec le discours historique de la gauche radicale de la dénonciation du capitalisme mondialisé, et de la lutte contre les inégalités sociales. Pour autant, si dans les discours et les programmes elle met en avant l’idée de révolution citoyenne, le décalage est profond avec son fonctionnement interne, profondément pyramidal et centré autour de la figure du chef : Jean-Luc Mélenchon à la fois leader de son mouvement, candidat passé et futur à la présidentielle, président du groupe parlementaire à l’Assemblée. Si bien qu’on est en droit de se demander ce que serait la FI sans son « lider maximo », et d’interroger sa véritable ambition démocratique. Car l’écologie politique est profondément porteuse de démocratie.

Un congrès pour garder la main sur notre destin collectif

À l’heure où tout autour de nous se multiplient les initiatives pour constituer de nouvelles écuries politiques, souvent autour de professionnels de la politique qui se cherchent de nouveaux débouchés électoraux, nous ne pouvons rester sans réagir. Nous sommes les héritières et héritiers de René Dumont et de toutes celles et ceux qui à partir des années 1970 ont fondé l’écologie politique pour en faire un courant incontournable de la politique française. Nous avons la responsabilité d’engager dès aujourd’hui le travail de reconstruction de l’écologie politique. 

Quelle forme prendra cette refondation, personne ne le sait. Nous avons encore besoin d’un parti vert car nous portons des valeurs et des propositions spécifiques. Mais nous devons aussi prendre notre part dans la recomposition du paysage politique, et imaginer de nouvelles stratégies pour mettre l’écologie au pouvoir. Cela ne doit plus passer par des accords traditionnels entre partis, mais par des mouvements plus larges, associant des dynamiques de la société civile.

Si nous voulons jouer un rôle actif dans la séquence politique à venir, et garder la main sur notre destin collectif, il nous faut engager une initiative forte.  C’est la raison pour laquelle nous proposons que soit organisé un congrès extraordinaire au 1er trimestre 2018 au plus tard. Il fera l’objet d’ateliers de préparation et de débats dans nos groupes locaux dès la rentrée de septembre 2017.

La séquence 2018-2020 est cruciale pour les écologistes, avec des scrutins majeurs. Faisons émerger une dynamique de renouveau qui nous permettra en 2019 aux élections européennes de porter un discours ambitieux. Et fixons nous pour objectif d’ici aux municipales de 2020 de faire émerger des dynamiques locales dans certaines communes, où, à l’image de Grenoble, nous pourrions avoir des maires écologistes, en capacité de conjuguer le sérieux qu’exige l’exercice du pouvoir et la radicalité des politiques. À nous de construire cette cohérence de stratégie et de projet.