SVDP3

Gestion du foncier et de l’habitat : pour un Saint-Vincent-de-Paul innovant

Le site de Saint-Vincent-de-Paul est devenu un véritable lieu d’expérimentations sociales. Comme l’écrivait le 7 mars dernier le journal TerraEco: « logements d’urgence et start-up s’y côtoient…pour le meilleur et pour quelques mois ».

Ce n’est pas un hasard que cet excellent journal se soit intéressé à la dynamique à l’œuvre sur ce site du nord du 14ème arrondissement. Comme les nombreuses structures de l’économie sociale et solidaire qui y sont installées aujourd’hui, sa raison d’agir est de nous emmener vers une société plus respectueuse des êtres humains et de l’environnement. Mais le fait que trois jours après la publication de l’article, ce média annonce l’arrêt de ses activités faute de moyens financiers nous montre aussi que les initiatives solidaires sont parfois fragiles, parce qu’elles se heurtent à des logiques de rentabilité immédiate, à des intérêts économiques puissants qui ne veulent pas leur faire de place. C’est pour cela que sont précieuses les expériences qui se déroulent aujourd’hui à Saint-Vincent-de-Paul, dans le cadre d’une occupation temporaire avant début des travaux de construction du futur écoquartier. Elles prouvent que des modèles alternatifs du vivre-ensemble sont possibles, en plein cœur de Paris.

Dans quelques mois, une nouvelle phase d’aménagement de ce site va commencer. Une procédure de création de ZAC (zone d’aménagement concerté) va être lancée. Objectifs : indiquer le programme global prévisionnel des constructions à édifier dans le futur écoquartier, et déterminer leurs modalités de financement. Cette nouvelle étape est évidemment très importante, car elle va largement déterminer ce que sera le nouveau quartier St-Vincent-de-Paul.

Et comme c’est le cas aujourd’hui pour la phase d’occupation temporaire du site, il faudra être innovant pour faire vivre la ville durable et solidaire. Il est déjà acté qu’il y aura une part importante de logement social dans le futur quartier : c’est une volonté forte de la municipalité pour favoriser la mixité au nord du 14ème arrondissement. Celui-ci sera aussi fortement végétalisé et très largement ouvert aux piétons et vélos : c’est une des priorités qui ne cesse de ressortir des ateliers publics de concertation. Mais pourquoi ne pas aller plus loin, en testant de nouveaux modèles économiques de gestion du foncier?

Du fait de son attractivité, Paris est une des villes les plus chères au monde concernant le coût du logement. La municipalité parisienne mène une action déterminée pour permettre aux catégories populaires et moyennes d’habiter dans la capitale, via notamment la réalisation de nombreux logements sociaux, ou la mise en œuvre de l’encadrement des loyers permise par la loi ALUR, qui commence à produire ses effets.

Mais de nouveaux quartiers comme St-Vincent-de-Paul doivent permettre d’aller plus loin en testant de nouveaux montages financiers pour loger les habitant-e-s à moindre coût et enrayer la spéculation sur les prix de l’immobilier. Par exemple, le modèle du bail emphytéotique, qui permet à la collectivité de rester propriétaire du foncier, tout en cédant l’usage de celui-ci à des preneurs pour une durée limitée. Avantages : maîtrise pour la collectivité de son sol et réduction des coûts de construction. Ces baux emphytéotiques peuvent aussi s’articuler avec des projets de coopératives d’habitant-e-s, où des personnes décident de mettre en commun certains espaces de vie (buanderie, laverie, salle de jeux…) et définissent démocratiquement les projets qu’ils ont pour leur immeuble (recours aux énergies renouvelables par exemple).

Pour éviter la privatisation du foncier et développer de nouvelles manières d’habiter la ville, des sites comme St-Vincent-de-Paul offrent donc des opportunités d’innovations dont il faut se saisir. C’est d’ailleurs l’état d’esprit dans lequel notre municipalité se trouve, puisque par exemple, en ce qui concerne l’habitat participatif, elle est signataire depuis 2011 de la charte d’orientation du réseau national des collectivités en matière d’habitat participatif, et qu’elle a déjà accompagné des projets de ce type dans les 19ème et 20ème arrondissements. Continuons donc d’explorer les solutions qui s’offrent à nous pour bâtir la ville durable et solidaire.